lundi 20 janvier 2014

- Michel Houellebecq. -

Source : Gala.fr

        Un mardi matin. Comme les autres - du moins, je le croyais. Notre professeure d'édition nous annonce, le cœur serré (ou presque), que Michel Houellebecq nous fera l'honneur d'intervenir dans le cadre de notre master. Aucune effusion de joie parmi les étudiants, quelques sourires seulement : nous allions échapper à un cours « classique », cela nous suffisait. Je ne connaissais Houellebecq que de nom. Ce n'était, à mes yeux, qu'un auteur contemporain parmi les autres - à cela près, qu'il était connu, contrairement à la majorité d'entre eux. Rencontre prometteuse en perspective et c'est peu dire. La rencontre fut ... surprenante.

     C'est donc un mardi matin qu'il est arrivé, de façon nonchalante. J'avais fait quelques recherches sur l'écrivain au préalable et lu l'un de ces ouvrages - La Carte et le Territoire, Goncourt 2010 - , histoire d'être fin prête. J'appris alors que Houellebecq était le stéréotype même de l'auteur contemporain : solitaire, décalé et un brin subversif malgré lui. 

    Houellebecq, le dos courbé, est monté sur l'estrade de l'amphithéâtre Richelieu. À demi-réveillé, intimidé, ailleurs. La professeure d'édition avait décidé d'orienter la discussion sur le milieu éditorial. Jusque là, rien de bien surprenant. Houellebecq ayant un passé éditorial assez atypique - des Editions de la Différence à Flammarion, en passant par les Editions Maurice Nadeau et Fayard - la rencontre s'annonçait intéressante. Elle s'annonçait, seulement. Houellebecq, en écrivain introverti qu'il est, a pris le parti de répondre de façon vague, voire de ne pas répondre du tout, aux questions que la professeure tentait, en vain, de lui poser. 

     Les quelques informations que j'ai pu en tirer sont, pour le moins, étonnantes. Il nous a appris que la mort de Maurice Nadeau, en juin dernier, ne lui avait pas fait grand chose - Maurice Nadeau qui est, tout de même, un éditeur reconnu voire admiré dans le milieu. Avec un aplomb formidable, il a aussi estimé que Marc Lévy était un génie comparé à Guillaume Musso. Lévy, un génie. Il m'aura fallu attendre toutes ses années littéraires pour entendre cela. Sans aucun remords, il nous a annoncé que la lecture des manuscrits - qui est à la charge, dans la grande majorité des cas, des étudiants stagiaires en maison d'édition - se faisait de façon lamentable et que, par conséquent, de nombreux écrivains restaient dans l'ombre. Houellebecq, le tact incarné. Il s'est également révolté lorsque la professeure a osé lui dire que Beigbeder, ami de Houellebecq, adoptait une posture de dandy littéraire. Enfin, « révolté », tout est relatif. Il s'est énervé autant qu'il le pouvait. Houellebecq n'est pas connu pour son énergie débordante, loin de là. D'ailleurs, cette rencontre a vite tourné au cauchemar pour les étudiants : Houellebecq ne parle pas, il marmonne. La plupart d'entre nous ont abandonné au bout des dix premières minutes. Pour ma part, je suis venue, j'ai vu et j'ai vaincu. Rien que cela.

     Il est parti comme il est arrivé : le dos courbé, sans trop comprendre ce qu'il était venu faire là, parmi toutes ses têtes blondes. Définitivement ailleurs, Houellebecq n'en est pas pour autant « un ennemi public  », comme il l'a estimé dans un de ses ouvrages. Il dit simplement ce qu'il pense sans prendre en considération son auditoire, même si ses idées ou ses opinions sont en décalage avec la réalité. À se demander s'il appartient véritablement à notre monde. Houellebecq, un être à part. Il m'aura au moins fait sourire durant cette rencontre, bien que malgré lui.

D.
  

dimanche 15 décembre 2013

Molly Bloom

Molly Bloom est un monologue adapté par Laurent Laffargue du livre Ulysse écrit par James Joyce. Céline Sallette interprète le rôle de Molly, vous l’avez peut-être vue dans De rouilles et d’os (J. Audiard), Un château en Italie (V. Bruni-Tédeschi), …

Je ne connais absolument pas l’œuvre de Joyce, je sais simplement par des proches, qui ont eu le courage d’en venir à bout en français et en anglais, que c’est un ouvrage complexe où paroles et pensées du personnage sont difficiles à distinguer.

source : www.blog.lefigaro.fr

Ce monologue constitue le chapitre XVIII de l’œuvre. Bien qu’écrit par un homme, la parole est donnée à une femme, Molly, qui nous raconte son rapport aux hommes, pendant un peu plus d’une heure. Si au début nous trouvons son discours comique, nous rions jaune au fur et à mesure que le monologue se déroule.

Le metteur choisi a choisi un décor tournant pour le moins surprenant ! Imaginez une jeune femme qui ne trouve pas le sommeil, en pyjama dans sa chambre. Avec une voix instable elle nous fait le récit de ses pauvres expériences avec les hommes en « gueulant » à la manière d’une marchande de poissons. Le décor tourne, encore et encore, à mesure que Molly ressasse ses pensées.

source : www.lemonde.fr

A chaque fois que le décor tournait je me rendais compte que je ne voyais pas le même visage, non pas que la comédienne changeait ses mimiques, mais l’impression que le passage d’un discours qui nous faisais rire en un récit tragique se reflétait sur son visage. Aucune issue, la chambre seulement comme métaphore d’une vie emprisonnée, d’une condition féminine qui ne saurait se soustraire à la domination masculine.

Finalement, c’est un goût amer qui nous reste, et la désagréable impression que ce texte est d’une extrême modernité…

Après la pièce, nous avons eu la chance de parler avec Céline Sallette et Laurent Laffargue. Cet entretien nous a permis de comprendre comment ils avaient utilisé le texte. Le metteur en scène s’est séparé de 50% du texte original et a adapté le monologue avec du vocabulaire contemporain. Quant au décor tournant, il n’a pas perturbé l’apprentissage du texte, au contraire, Céline Sallette nous expliquait qu’il a servi de repère même si elle avoue avoir peur quand elle se retrouve à trois mètres au dessus du sol.

source : www.divergence-images.com



Cela fait maintenant trois ans que la comédienne joue Molly, espérons que cela dure car un texte d’une telle richesse et si dense invite à y s’y intéresser plusieurs fois. Et encore une fois, merci à la Coursive de proposer aux étudiants de beaux spectacles pour si peu.

M.

jeudi 12 décembre 2013

- Gros-Câlin au théâtre de l'Oeuvre. -

    
Source : Théâtre de l'Oeuvre.

     Il y a encore quelques semaines, le théâtre de l'Oeuvre m'était inconnu. Un théâtre parisien parmi tant d'autres. Aujourd'hui, il fait partie, sans aucun doute, de mes bonnes adresses culturelles. Niché au cœur même de la vie théâtrale parisienne, rue de Clichy, le théâtre de l'Oeuvre est un de ces endroits où l'on se sent rapidement chez soi. Une salle intimiste, chaleureuse, des fauteuils rouges, des lumières tamisées et le sourire des ouvreuses... Il ne manquait plus que le spectacle. Et quel spectacle ! Gros-Câlin, premier ouvrage écrit sous la plume d'Émile Ajar, a été adapté pour le théâtre et il est représenté depuis le 15 novembre au théâtre de l'Oeuvre. À ma connaissance, seul le roman La Promesse de l'aube avait été, jusqu'alors, adapté et je n'avais malheureusement pas eu la chance d'assister à l'une de ses représentations. Alors, autant vous dire qu'à l'annonce de cette nouvelle adaptation, j'ai sauté sur l'occasion.

     Ce moment théâtral a été absolument savoureux. Le comédien, Jean-Quentin Châtelain, seul en scène, nous livre une interprétation remarquable. Le décor est des plus minimalistes, les lumières sont tamisées, orangées : nous voilà dans l'univers de Michel Cousin. Ce héros esseulé qui, pour rompre sa solitude, a décidé de vivre avec un python dans son appartement parisien. Michel Cousin manie le langage pour mieux le détourner. Les jeux de mots sont particulièrement drôles à l'écrit, ils le sont d'autant plus lorsqu'ils sont prononcés. Le comédien réussit, avec génie, à nous faire rire mais aussi à nous émouvoir. Michel Cousin est un être qui connaît le drame de la solitude : « dans une grande ville comme Paris, on ne risque pas de manquer. » Au rire, se succèdent quelques larmes. L'univers du roman, drôle, touchant, parfois décalé, a été parfaitement respecté. Un grand moment de théâtre.

     La critique est particulièrement enthousiaste : je vous laisse la découvrir sur le site même du théâtre de l'Oeuvre. Les couloirs du métro ont été tapissés d'affiches de Gros-Câlin. Romain Gary à l'honneur, je ne peux que m'en réjouir. Si vous voulez passer un moment agréable (et culturel !) à Paris, vous savez où aller...

Théâtre de l'Oeuvre, 55 rue de Clichy, 75009 Paris.

     Gros-Câlin est représenté du mardi au vendredi, ainsi que le dimanche, à 19h. Le samedi à partir de 16h. Pour les tarifs, il y a tous les prix de 17€ à 32€ en passant par 25€ (en fonction de votre emplacement). Il faut compter 2€ en plus pour une réservation par internet. Pour ma part, j'ai opté pour la formule tarifaire la plus basse (bah oui, budget étudiant) et j'étais très bien placée. D'ailleurs, pour les étudiants, si 1 heure avant le spectacle, il reste encore des places, vous pouvez payer votre billet 10€ (une économie de 7€ n'est jamais négligeable !...)


D.

vendredi 15 novembre 2013

« J’aime la règle qui corrige l’émotion » G. Braque (1882-1963)

Cela ne vous a sans doute pas échappé tellement cette exposition fait parler d’elle (d’ailleurs comme toutes celles au Grand Palais), une rétrospective de l’inventeur du cubisme, Georges Braque, se tient en ce moment, à Paris depuis le 18 septembre 2013 jusqu'au 6 janvier 2014.

Enchantée après l’exposition qui retraçait l’œuvre d’Edward Hopper l’année dernière, j’ai tenu à voir celle qui rendait hommage à Braque. Un silence qui a duré quarante ans. Après trois heures quinze d’exposition, je me demande comment une telle absence dans les programmations culturelles a pu être possible.
Lorsque j’y suis allée à la Toussaint, la foule était au rendez-vous, mais il était facile de circuler  dans les différentes salle (contrairement à l'exposition sur le nu masculin à Orsay dont je parlerai prochainement). J’avais réservé mon billet à l’avance. Après avoir attendu deux heures dans le froid l’année dernière pour Hopper, j’ai préféré anticiper ma visite. Je n’ai eu à attendre qu’un quart d’heure. Pour un euro de plus, cela vaut vraiment le coup.

L’exposition nous promène dans la vie et l’œuvre de l’artiste à travers seize espaces qui permettent de constater l’évolution de son travail, de ses recherches artistiques. C’est aussi l’occasion de se frotter au cercle intellectuel et artistique de l’époque car Georges Braque n’a pas seulement côtoyé Picasso. Car sans connaître Apollinaire, il n’aurait peut-être pas rencontré le peintre espagnol en novembre 1907. Il fréquente également des marchands d’art dont Daniel-Henry Kahnweiler qui organise la première exposition de Braque en 1908 où sont présentés des paysages géométrisés qui marquent le début officiel du cubisme. Il exposera aussi chez Léonce Rosenberg, Aimé Maeght et se liera d’amitié avec René Char à partir de 1947.

Cet article n’a pas pour vocation d’être exhaustif tellement la vie et l’œuvre de Braque ont été riches. Car il s’agit d’un artiste dont le travail a connu les deux conflits mondiaux. Il est d’ailleurs mobilisé et envoyé au front le 14 novembre 1914, dans la Somme. Suite à une blessure dans l’Artois en 1915, il cesse de peindre jusqu’en 1916. 

Son oeuvre s’est aussi bien concentrée sur des paysages, notamment dans ses débuts (le fauvisme : 1906/7), que sur l’illustration de la Théogonie d’Hésiode (œuvre antique qui relate la naissance des divinités) en 1932. En réalisant  le premier papier collé Compotier et verre en 1912 et sans compter les successives déclinaisons du cubisme qu’il expérimente : analytique (1909-1912), synthétique (1913-1917), on ressort de cette exposition qu'il n'y a pas un Braque mais Des Braque.



Zao (Néréide), 1931. Plâtre gravé. Saint-Paul, fondation Marguerite et Aimé Maeght




Il travaille le cubisme analytique en étroite collaboration avec Picasso. Véritable révolution esthétique, la couleur très présente dans la période fauviste de Braque, s’atténue et se réduit à des camaïeux de gris-beige. Les formes sont émiettées en facette.


Le Sacré-Cœur, 1909-1910. Huile sur toile. 55 x 40,5 cm. Villeneuve-d'Ascq, musée d'Art moderne.


Le cubisme dit synthétique car plus lisible est l’aboutissement de la technique des papiers collés que l’on retrouve par des aplats sombres.




La Joueuse de mandoline, 1917. Huile sur toile. 92 x 65 cm. Villeneuve-d'Ascq, musée d'Art moderne.


L'ultime reconnaissance vient de la requête d’André Malraux, alors directeur des musées de France ; en 1953, on confie à Braque le décor du plafond de la salle Henri II, au Louvre.

Pour terminer cet article je vous laisse méditer sur les propos de son ami René Char :
« Les enfants et les génies savent qu’il n’existe pas de pont, seulement l’eau qui se laisse traverser. Aussi chez Braque la source est-elle inséparable du rocher, le fruit du sol, le nuage de son destin, invisiblement et souverainement. »


M.

J'ai pris moi-même toutes les photos qui sont publiées puisque l'exposition l'autorisait pour certaines toiles.


lundi 4 novembre 2013

Vous avez dit prix littéraires ?

Aujourd'hui, treize heures, je viens à peine de rentrer chez moi quand mon smartphone reçoit cette notification de 20 Minutes : Le prix Goncourt est adressé à ... Pierre Lemaître pour son roman paru chez Albin Michel  Au revoir là-haut

Oui et alors ?

J'ai justement mentionné l'éditeur avant le titre du roman, puisque finalement, c'est la maison d'édition qui a dû se frotter les mains ! Et hop les ventes pour Noël sont assurées ! 400 000 tirages garantis !

Vive l'édition !

Vous aurez bien sûr compris mon point de vue sur ces prix. Ils sont une illustration, selon moi, du caractère mercantile de la culture ! Vous allez me dire "Mais enfin !, on ne vit pas au pays des Bisounours, un éditeur doit gagner sa vie !" Certes, mais que signifie ce prix ? puisque les magouilles semblent guider l'élection !

Il y a un prix (toujours selon mon humble avis) qui se distingue des autres et qui me semble plus juste : le prix Nobel de littérature. Il récompense toute une oeuvre et non un seul ouvrage. Il est la récompense d'un travail colossal, voire d'une vie. Ce prix grave l'auteur et son oeuvre dans une reconnaissance littéraire éternelle.

Cependant, je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas acheter le prix Goncourt et ceux qui le suivent, ni même que les romans qui ont reçu ces prix sont mauvais ! Mais il me semble qu'il s'agit davantage d'un coup de pub pour l'éditeur qu'une réelle récompense pour l'écrivain.

Bonne lecture !

M.

Source : Le site Babelio.


     Oh grand dieu, vois-je une attaque contre le monde de l'édition poindre dans cet article ? Moi-même étudiante dans ce (fameux) milieu éditorial, je devrais piquer une colère (noire, rouge, voire verte, à votre goût). Eh bien, au risque de vous décevoir, il n'en sera rien.

      Je ne saurais vous faire une liste exhaustive de tous les prix littéraires existants. Leur quantité en devient risible. « Et le prix littéraire de la meilleure nouvelle poétique de moins de six pages, écrite par un jeune auteur ayant moins de 25 ans est adressé à...». Quelques-uns possèdent encore un certain prestige littéraire : le Goncourt, le Renaudot, etc. Mais y a t-il un soupçon de sincérité dans la remise de ces prix ? Le milieu de l'édition est-il seulement hypocrisies, magouilles, et compagnie ? Le débat reste ouvert...

     À quoi servent-ils au juste ? Primo, ils apportent une reconnaissance littéraire à la maison d'édition et (surtout) à l'auteur. Le Goncourt 2013 en est un parfait exemple : Albin Michel n'est pas une maison qui reçoit beaucoup de prix, plus habituée à vendre des best-sellers que des ouvrages reconnus par le milieu littéraire (je précise qu'il n'y a aucun mépris dans mon propos). Ce Goncourt lui apporte aujourd'hui une nouvelle image... De plus, Pierre Lemaître est avant tout un auteur de livres policiers. Avec ce Goncourt, c'est le domaine du polar, dans son ensemble, qui est reconnu alors qu'il a été tant décrié... Ce prix reste dans l'imaginaire des auteurs une véritable consécration. Leur Saint-Graal. Bravo, bravo, votre travail est formidable. Et pourtant, de grands écrivains ne le recevront jamais... 
     Secundo, ils aident à lancer les ventes de l'ouvrage. Mais attention, mes chers amis, ce n'est pas la poule aux œufs d'or non plus ! Un petit Musso ou un petit Levy se vendra bien mieux qu'un Goncourt (autour de 180 000 exemplaires contre 400 000 exemplaires pour les premiers). Au-revoir là-haut fait néanmoins figure d'exception. Il est « un Goncourt populaire au bon sens du terme » selon Bernard Pivot. Déjà 120 000 exemplaires à l'annonce de la remise du prix. Lecteurs perdus dans une librairie, les prix littéraires influent sur vos achats : « Ah, tiens, le dernier Goncourt ! Que vaut-il vraiment ?... Allez, dans mon panier ». Et voilà encore un pigeon. Et, j'en fais partie ! Cela dit, certains ouvrages promus possèdent de véritables qualités littéraires. 

     Les prix littéraires, c'est l'arbre qui cache la forêt. La rentrée littéraire de septembre est déjà pensée, réfléchie, organisée en fonction de ces prix dès le printemps. On recherche l'auteur le plus à même d'emporter les faveurs des critiques littéraires, on publie des auteurs connus et reconnus plutôt que de nouveaux écrivains, etc. J'en passe et des meilleurs. Oui, le marché du livre est un marché commercial. Et oui, certaines maisons d'édition oublient l'exigence littéraire au profit de bénéfices financiers. Triste réalité. 

     Toujours est-il qu'aujourd'hui, vers 12h45, j'attendais, impatiente, la grande nouvelle : l'annonce du prix Goncourt. Risible à souhait, je l'admets. Ce fameux prix littéraire aura au moins eu le mérite de faire parler de littérature dans tous les médias nationaux. Il faut rendre à César ce qui est à César. 

D.




jeudi 31 octobre 2013

- Romain Gary, un amour littéraire. -

Source : Le blog "T'as vu ma plume ?"

    Il est des livres qui vous font aimer la littérature à jamais, qui suscitent chez vous des sensations indicibles. L'effet provoqué par un livre aimé, voire adoré, ne peut être défini à mes yeux. Cela fait certainement partie de la magie de la littérature. Dans mon panthéon des œuvres chéries, se rangent, entre autres, La Condition humaine de Malraux, L'Insoutenable Légèreté de l'être de Kundera, Le Père Goriot de Balzac, Fureur et mystère de René Char, etc., etc., etc. Et puis, il y a La Promesse de l'aube de Romain Gary. Pourquoi ce « et puis » ? Après avoir lu plusieurs de ses ouvrages, Romain Gary est devenu mon auteur de prédilection (oui, rien que ça...). Bien entendu, tous ses romans ne m'ont pas bouleversée (et d'ailleurs, je n'ai pas encore tout lu, tant la bibliographie de Romain Gary est riche). Mais après avoir ri, puis pleuré en lisant ses ouvrages, j'ai dû me résoudre : cet auteur m'avait touchée, plus qu'aucun autre (jusqu'à présent). Parmi ses romans savoureux, je peux dès lors citer Éducation Européenne, Le Grand Vestiaire, Adieu Gary Cooper, ou encore Chien Blanc. 

     Certains diront : « Romain Gary, euh, inconnu aux bataillons ! », ou encore « Romain Gary, un auteur de second, voire de troisième ordre ! ». Romain Gary a écrit des ouvrages remarquables, mais aussi des médiocres (n'est-ce pas le cas de tous les auteurs ?). Il n'en reste pas moins déprécié par de nombreux universitaires. Ils lui reprochent, notamment, ses différences de registres le rendant très vite « inclassable », sa singularité à son époque (Romain Gary écrivait des romans « traditionnels » face au Nouveau Roman ou à la littérature engagée de Sartre ou de Camus), et puis, évidemment, ce coup de maître : les deux Goncourt. Un acte impardonnable aux yeux de l'élite littéraire. Car Romain Gary a joué avec le monde littéraire de son époque. Il a revêtu plusieurs identités : il est aussi Roman Kacew, Fosco Sinibaldi, Shatan Bogat, et bien sûr Émile Ajar. Il a alors obtenu son premier Goncourt avec Les Racines du ciel en 1956 sous le nom de Romain Gary, puis un second Goncourt avec La Vie devant soi en 1975 sous le nom d'Émile Ajar, sans qu'aucun critique et lecteur (ou presque) ne s'aperçoivent véritablement de la supercherie. Un coup de maître qui n'a jamais été égalé, mais qui lui a valu de nombreux reproches, qui perdurent encore aujourd'hui.

     Néanmoins, ces dernières années, cet auteur a commencé à être réhabilité. Plusieurs ouvrages lui ont été consacrés, plusieurs colloques organisés, et quelques thèses ont été soutenues. En 2010, pour les trente ans de sa mort (triste anniversaire pour réhabiliter la figure d'un auteur), le monde littéraire s'est réveillé : émissions de radio (notamment sur France Culture), beaux livres en pagaille, exposition au Musée des lettres et manuscrits, etc. Je n'ai aucunement la prétention de participer à cette réhabilitation universitaire. De grands intellectuels le font et le feront bien mieux que moi. Il s'agit davantage de partager, ici, une passion littéraire, pour un auteur « peu » connu. Pourtant, Yvon Girard dans le numéro spécial du Débat, « Le livre, le numérique » (Gallimard, mai-août 2012, n°170) précise que Gary est dans le palmarès des ouvrages Folio les mieux vendus (comme quoi, cet auteur n'est pas véritablement oublié...).


Signature de Romain Gary.
Source : Le site www.kdeviercy.com

     Découvert en classe de première dans le cadre d'un cours sur « l'autobiographie » (d'ailleurs, il est assez improbable de choisir cet auteur pour étudier l'autobiographie strico sensu : La Promesse de l'aube est un roman certes inspiré de la vie de Romain Gary, mais il est énormément romancé. Bref.). Lu d'une traite, le roman m'a émue aux larmes. Alors, je l'ai précieusement conservé sur mon étagère, mais également dans un coin de ma mémoire. Et puis, l'hypokhâgne est arrivée avec ses gros sabots. Mon professeur (ou mon tyran) de français nous a alors « gentiment » imposé le choix d'un auteur de prédilection afin d'affiner nos goûts littéraires, et d'affûter (surtout et avant tout) notre sens critique. Romain Gary est alors réapparu dans ma vie. Il m'a sauvé la mise en hypokhâgne (je pèse mes mots). La lecture de ses romans faisait partie de ces moments rares de plaisir, d'oubli de soi, d'oubli de tout. Une pause littéraire savourée. Au-delà de l'auteur, j'ai aussi appris à connaître l'homme. Sa vie est un roman à elle seule (peut-être était-il prédestiné, s'appelant, à l'origine, « Roman » et non Romain). Il est, certes, auteur, mais il a aussi été aviateur dans les Forces aériennes françaises libres (ce qui lui a valu la croix de la Libération), diplomate et plus particulièrement ambassadeur de France. Romain Gary : plusieurs identités, plusieurs vies. Et puis, me voilà en master. Qui dit master, dit mémoire. Mon choix a vite été fait.

     Je n'irai pas à écrire « Romain, mon amour » comme Leïla Chellabi (la dernière « femme » de Romain Gary - ses conquêtes féminines sont innombrables) l'a fait pour l'un de ses ouvrages, mais je pourrai facilement écrire « Romain, mon amour littéraire » (voilà, c'est dit). Je laisserai la parole (si je puis dire) à Romain Gary, en citant quelques-unes de ces pépites littéraires en commençant par la plus connue, mais qui restera, à mes yeux, une merveille :

« Avec l'amour maternel, la vie vous fait, à l'aube, une promesse qu'elle ne tient jamais. Chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation.» La Promesse de l'aube, Gallimard, 1960, p. 38.
« Y a t-il derrière l'apparence des choses, derrière le masque douloureux de la réalité, une féerie secrète, une gaieté essentielle, une fête qui ne cesse jamais et que nous font tout à coup pressentir quelques pas de danse, quelques notes de musique, un rire de fille enchantée ? Je ne sais. Je ne crois guère aux profondeurs secrètes, lorsqu'il s'agit du bonheur. » Les Enchanteurs, Gallimard, 1973, p302.
« Il me semble que jamais je ne cesserai de courir. Je ne courais pas vers le bout du monde : on y était. Je ne savais pas où j'allais et, d'ailleurs, il n'y avait pas où aller. Je hurlais. » Les Cerfs-Volants, Gallimard, 1980, p. 356.

« Cette maison où j'écris est près de la mer et j'écoute son murmure, car il vient du fond des âges. Il y aura peut-être des mondes nouveaux, des voix que personne n'a encore entendues, un bonheur qui n'aura pas seulement un goût de lèvres, une joie encore jamais imaginée, une vie qui ne sera pas seulement au clair de femme. Mais moi je vis votre plus vieil écho... » : ce passage est un extrait de feuilles éparses de Romain Gary, jamais publiées, in Myriam Anissimov, Romain Gary, le caméléon, Editions Denoël, 2004, p508-509.

Feuillet manuscrit du roman inédit du Charlatan, 1970, in "Romain Gary, des Racines du ciel à La Vie devant soi", La lettre du musée des lettres et manuscrits, janvier-février-mars 2011, n°38.


    Cet article a été écrit avec un fond musical, celui de l'album Coexist (2012) de The XX. Ce n'est pas une découverte, mais plutôt une re-découverte. Cette musique s'associe parfaitement à cette saison automnale. Aussi douce qu'intense, elle fait poindre quelques élans nostalgiques. Nostalgie d'un été ensoleillé et chaud, laissant aujourd'hui place à un automne pluvieux, doux et parfois froid. Bref, si vous avez l'occasion, allez écouter cet album envoûtant de The XX.


D.

mardi 22 octobre 2013

OPUS


Quand vous êtes étudiant à La Rochelle, il existe une petite carte magique qui s'appelle le "Pass' Culture". Gratuit, il permet aux étudiants de profiter à moindre frais de spectacles, de concerts, ... notamment ceux programmés à la Coursive.

La Coursive est la scène nationale de La Rochelle. Située à deux pas du vieux port et près des restaurants les plus réputés de la ville, l'ancien couvent des carmes est un lieu de référence pour quiconque s'intéresse à la culture.

 Entrée de la Coursive

Hall de la Coursive
Photos prises par : Camille Lagrange
sur le site de la Coursive : http://www.la-coursive.com/
consulté le 22.10.2013

L'univers de la danse m'est totalement étranger. Vous voyez la fille qui n'arrive pas à se déhancher sur la piste de danse alors que toutes ses copines y arrivent ?, eh bien c'est moi ! Si dans la pratique je suis nulle, je connais encore moins bien la danse dans sa dimension artistique  On m'a emmenée dès l'âge de deux mois dans les châteaux et les grottes préhistoriques de Dordogne, mais à vingt-et-un ans je n'avais toujours pas assisté à ce genre de spectacle. Mais ça c'était AVANT !

Un midi, mes copines de fac prennent des places pour le spectacle OPUS qui a lieu le jeudi 17 octobre à la Coursive. 6,50€ la place, pourquoi s'en priver ?, merci le Pass' Culture ! Je ne sais pas à quoi m'attendre mais je suis enthousiaste à l'idée de découvrir une nouvelle forme d'art.

OPUS est un ballet dansé par la compagnie Circa. La compagnie a vingt-cinq ans. Avant connue sous le nom de "Rock n' roll Circus", c'est en 2006 qu'elle se renouvelle sous le nom de Circa.
Quatorze danseurs et danseuses australiens qui ont fait des représentations dans dix-huit pays différents et sur les cinq continents. A ces artistes tout en muscle et plein de grâce s'ajoute le quatuor Debussy composé de deux violons, d'un alto et d'un violoncelle. Le chorégraphe et metteur en scène du spectacle, Yaron Lifschitz, fait le choix de Chostakovitch pour guider dans les airs et à terre ses danseurs.

Car en effet, en tant que novice de la danse, j'ai été frappée par la brutalité avec laquelle les artistes se jetaient à terre alors que la minute d'après ils s'envolaient dans les airs à l'aide de trapèze...
Plusieurs "ooooh" s'échappaient du public qui prenait peur en voyant un danseur voltiger. On aurait dit des enfants dans une cour de récré à s'attraper, à jouer avec des cerceaux comme ils le faisaient.
Le spectacle était placé sous le signe de l'humour et de l'absurde. Par moment j'ai repensé à nos cours d'accro sport du collège et du lycée. Bon d'accord avec bien plus de précision, une pointe de pied mieux tendue et des corps plus musclés, mais on s'en rapprochait ! 
La performance physique est incroyable ! Et dire que la veille je me plaignais d'avoir mal en cours de renforcement musculaire. Eux, ils ont dû en manger des abdos, des pompes et du gainage !

Au fur et à mesure de la soirée, on ne voyait plus les musiciens qui ont toujours été présents sur scène. On les entendait seulement. Nos yeux étaient obnubilés par ces quatorze danseurs qui s’affairaient aux quatre coins de la scène. L'espace était si balayé que, par moment, je regrette de ne pas avoir pu voir ce que faisait chaque artiste.

Après une heure vingt de représentation, le public applaudit. Ovation pour OPUS. Des "bravos" et des sifflements fusent. Les artistes, eux, n'en fissent pas de sourire.

Cette première expérience avec le monde de la danse me donne très envie de voir d'autres représentation. C'était du beau spectacle visuel et sonore ! Merci à eux et à la Coursive qui nous a permis d'en profiter pour si peu.


OPUS
photo prise sur : christophegermanique.blogspot.com
consulté le 22.10.2013

M.